Sarayaku, un peuple debout : quand l’éducation devient une arme de résistance

ll y a des rencontres qui vous marquent pour longtemps.
Des lieux où l’on pense aller en simple observateur… et dont on revient transformé.

Sarayaku, ce petit village niché au cœur de l’Amazonie équatorienne, en fait partie.
Un lieu où l’on entend battre le cœur de la forêt, mais aussi celui d’un peuple résolument debout, déterminé à défendre sa terre, sa culture, et sa vision du monde.

En 2012, les Kichwas de Sarayaku ont remporté une bataille historique.
Après des années de résistance pacifique, ils ont obtenu gain de cause devant la Cour Interaméricaine des Droits de l’Homme.
Un procès qui a marqué les esprits : pour la première fois, une communauté autochtone faisait reconnaître le droit de refuser l’exploitation pétrolière sur son territoire ancestral, sans son consentement libre et éclairé.

Une victoire majeure. Mais aussi le début d’une nouvelle prise de conscience : résister ne suffit pas. Il faut aussi transmettre, expliquer, défendre.

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L’école comme rempart

Face aux menaces extérieures – économiques, politiques, culturelles – l’éducation est devenue un outil stratégique.

Mais ici, on ne parle pas d’éducation au sens classique.
Les Sarayaku ont fait le choix de créer leur propre modèle, qui articule deux mondes :
👉 D’un côté, le programme officiel de l’éducation nationale, indispensable pour comprendre les règles du monde moderne.
👉 De l’autre, les savoirs ancestraux, la langue Kichwa, les traditions, la relation à la nature.

Les enfants apprennent à lire, à écrire, à parler espagnol et anglais…
Mais ils apprennent aussi à se repérer dans la forêt, à interpréter les rêves, à connaître les plantes médicinales, à comprendre le “sumak kawsay” — cette philosophie du “bien vivre”, en harmonie avec la nature.

Ce double enseignement forme une génération capable de naviguer entre deux mondes,
sans renier ni l’un, ni l’autre.
Des jeunes qui, demain, pourront prendre la parole devant les Nations Unies comme dans leur assemblée de village.

Et moi, en les écoutant, en les regardant, je n’ai pu m’empêcher d’admirer cette lucidité, cette force tranquille.

Parce que ce que je découvre ici, ce n’est pas seulement une communauté qui lutte pour sa survie.
C’est un peuple qui construit son avenir, les deux pieds dans la forêt, les yeux tournés vers le monde.

Et ça, croyez-moi, ça donne envie d’écouter plus, de parler moins.

Myriam Kebani

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